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domenica 15 febbraio 2015
24 Avril 1971 Michel Foucault: Le fou et les institutions des jeux @ Club Tahar Haddad, Tunisie (from Conférence: Folie et civilisation, 1971) - Revue Les cahiers de Tunisie 3e-4e Trimestres 1989
Please read the whole lecture @ Les Cahiers de Tunisie
NB: il testo completo, tradotto in italiano, della conferenza "Folie et civilisation"si trova all'interno della raccolta di Michel Foucault intitolata "Follia e psichiatria. Detti e scritti 1957 - 1984) a cura di Mauro Bertani e Pier Aldo Rovatti (Raffaello Cortina editore, 2005).
martedì 10 febbraio 2015
Foucault in Tunisia – three hard-to-find lectures from Cahiers de Tunisie @ Progressive Geographies blog 09Feb2015 + Rachida Boubaker-Triki: Notes sur Michel Foucault à l’université de Tunis @ Rue Descartes online 03/2008 n.61
Foucault in Tunisia – three hard-to-find lectures from Cahiers de Tunisie
@ Progressive Geographies blog 09Feb2015
Thanks to the archival work of Natalie (@160B), here are three lectures Foucault gave in Tunisia. The Manet one was later published in a more polished form in La peinture de Manet which was then translated into English as Manet and the Object of Painting (and an illustrated version of the French is available open access here). There was talk, several years ago, of the other two being published in similar form, but this did not happen. The introduction, by Dominique Séglard, was published instead in Foucault Studies. On Foucault in Tunisia more generally, see this piece by Rachida Boubaker-Triki in Rue Descartes (both in French, both open access).
“Structuralisme et analyse littéraire”, Les cahiers de Tunisie, Vol 39 No 149-50, 1989, pp. 21-41. (dated 4/2/1987, which is clearly wrong, should be 1967)
”Folie et civilisation”, Les cahiers de Tunisie, Vol 39 No 149-50, 1989, pp. 43-59 (24/4/1971).
“La peinture de Manet“, Les cahiers de Tunisie, Vol 39 No 149-50, 1989, pp. 61-89 (20/5/1971).
Séglard notes in his piece that these transcriptions, which were unauthorised by Foucault’s estate, are not entirely accurate. They should be used with caution.
More hard-to-find texts on this site here; a few requests for help still here – fewer than before, thanks to readers.
NB: il testo completo, tradotto in italiano, della conferenza "Folie et civilisation"si trova all'interno della raccolta di Michel Foucault intitolata "Follia e psichiatria. Detti e scritti 1957 - 1984) a cura di Mauro Bertani e Pier Aldo Rovatti (Raffaello Cortina editore, 2005).
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NB: il testo completo, tradotto in italiano, della conferenza "Folie et civilisation"si trova all'interno della raccolta di Michel Foucault intitolata "Follia e psichiatria. Detti e scritti 1957 - 1984) a cura di Mauro Bertani e Pier Aldo Rovatti (Raffaello Cortina editore, 2005).
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n° 61, 2008/3, Philosopher en Tunisie aujourd’hui
Périphéries
Notes sur Michel Foucault à l’université de Tunis
par Rachida Boubaker-Triki °°° Read more @ Rue Descartes
Michel Foucault a enseigné en Tunisie de septembre 1966 à l’été 1968. Outre son enseignement au département de philosophie à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Tunis, il a fait un cours public au sein de la même institution et donné des conférences au Club Tahar Haddad et au Centre de Recherches (CERES), ainsi que des interviews aux journaux de la place[1]. C’est aussi durant ce séjour tunisien, dans sa maison de Sidi Bou Saïd, qu’il écrivit son livre L’archéologie du savoir, paru en 1969.
Il sera question ici de ce passage à l’université et de l’hommage que ses étudiants tunisiens lui rendirent trois ans après sa mort, les 10 et 11 avril 1997. C’est à Tunis que Michel Foucault occupa pour la première fois une chaire de philosophie à l’université ; cela lui permit, en dehors d’un enseignement de psychologie sur « la projection » et un enseignement d’histoire de l’art sur la peinture de la Renaissance, de donner un cours d’histoire de la philosophie sur Descartes et un cours public sur « La place de l’homme dans la pensée occidentale moderne ». Passionné par « l’avidité absolue de savoir »[2]de ses étudiants, il leur consacre des heures en bibliothèque, les aide à fonder un club de philosophie où il donne des conférences dont « Qu’est-ce qu’un auteur - » et « La naissance de la monnaie ».
De ses cours, il reste les notes prises par ses étudiants ainsi que l’héritage d’un enseignement d’histoire de l’art et d’esthétique qu’il institua à l’époque sous forme de certificat complémentaire ; ce dernier avait pour objet des commentaires d’œuvres picturales sur diapositives avec à la fois une analyse plastique et thématique, insistant sur la construction de l’espace, de la lumière et sur les modes de représentation du corps humain au Quattrocento et à la période baroque[3]. Quant au cours d’histoire de la philosophie sur Descartes, plus précisément, sur le Discours de la méthode et les Méditations, c’est celui dont certains de ses anciens étudiants conservent des notes intégrales[4]. Ce cours n’ayant pas été publié, nous n’en donnerons ici en appendice qu’un plan général de la première partie, la deuxième partie étant consacrée à un commentaire détaillé des Méditations.
Après la mort de Michel Foucault, quelques-uns de ses étudiants ont fondé un groupe de recherches, coordonné par Fathi Triki, sur « Penser l’aujourd’hui ». Ce groupe a été à l’origine de l’organisation, au Club Tahar Haddad, des journées d’études sur la philosophie de Michel Foucault, les 10 et 11 avril 1987 en présence de Paul Veyne, de Didier Eribon et de Dominique Seglard. Les journées ont consisté d’abord en la redécouverte des conférences de Michel Foucault (Structuralisme et analyse littéraire, février 1967, Folie et civilisation, avril 1967 et La peinture de Manet,1971) données en ce lieu même et restées jusque-là ignorées du public, dans des enregistrements sur magnétophone. Elles ont été écoutées, après avoir été enregistrées sur cassette audio, lors de ces journées grâce au concours de Jalila Hafsia, directrice du Club. Des copies de ces cassettes ont été données le jour même pour être déposées au Centre Foucault (rue Saulchoir). Les contributions[5] à ces journées ont paru deux ans plus tard dans un Numéro spécial de la revue Les cahiers de Tunisie, revue de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis[6].
Notes
(1) cf. Rachida Triki, « Foucault en Tunisie », in Michel Foucault, La peinture de Manet, suivi de Michel Foucault, un regard, sous la direction de Maryvonne Saison, Seuil, Paris, 2004.
(2)« Il n’y a probablement qu’au Brésil et en Tunisie que j’ai rencontré chez les étudiants tant de sérieux et tant de passion, des passions sérieuses et ce qui m’enchante plus que tout, l’avidité absolue de savoir. » Interview de Foucault par Gérard Fellous, in La Presse, Tunis, 12 avril 1967.
(3)Cet enseignement continua après le départ de Foucault grâce au professeur Hammadi Ben Hlima qui fut doyen de cette faculté.
(4)Le cours sur Descartes est conservé en notes par Mohammed Jaoua, actuellement professeur de philosophie à l’université de Sfax.
(5)Les contributions à cette journée, publiées par Les Cahiers de Tunisie, n°149-150 (3e & 4e Trimestre 1989) sont les suivantes : F. Triki, Foucault et la philosophie ouverte ; A. Cherni, Cogito et Video ; N. Kridis, Psychogénèse et sociogénèse, R. Boubaker-Triki, L’exemplarité de la peinture ; M. Halouani, À propos de la naissance de la clinique et M. Khammassi, Foucault et la fin du structuralisme.
(6)Les contributions des intervenants à ces journées ainsi que les conférences transcrites par un groupe d’étudiants de Foucault pour ce qui est de « Structuralisme et analyse littéraire » et de « Folie et civilisation » et par moi-même, pour ce qui est de « La peinture de Manet » avec identification des tableaux décrits dans la conférence, ont été publiées deux ans plus tard en 1989 dans la Revue Les cahiers de Tunisie, par les soins de l’historienne Kmar Ben Dana-Mechri et non sous ma direction comme il est dit dans l’article de Dominique Seglard, « Foucault à Tunis », in Foucault Studies n°4, feb 2007, p.7-18.
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sabato 24 marzo 2012
Laure Murat - "L'Homme qui se prenait pour Napoléon" - Gallimard, Fr, 2011
Laure Murat
"L'Homme qui se prenait pour Napoléon"
Gallimard 2011
Tous les fous, dit-on, se prennent pour Napoléon. Mais le délire d’identification à l’empereur se vérifie-t-il dans les registres des asiles et, si oui, que cela nous enseigne-t-il sur les rapports de l’Histoire et du trouble psychique ? C’est à partir de cette question qu’est née l’idée de ce livre, dont le sujet, très vite, s’est élargi à d’autres problématiques. Quel impact les événements historiques ont-ils sur la folie ? Peut-on évaluer le rôle d’une révolution ou d’un changement de régime dans l’évolution du discours de la déraison ? Quelles inquiétudes politiques les délires portent-ils en eux ? En somme : comment délire-t-on l’Histoire ? Pour le savoir, ou du moins y voir plus clair, il fallait remonter à la source et questionner la clinique, interroger les rapports entre la guillotine et la hantise de « perdre la tête », l’enjeu de la présence de Sade à Charenton, la supposée démence des révolutionnaires, la confusion entre la pétroleuse hystérique et l’opposante politique. Pendant trois ans, Laure Murat interrogé les archives. L’Homme qui se prenait pour Napoléon est le résultat de cette enquête.
Laure Murat, née en 1967, est chercheuse spécialisée dans l’histoire culturelle. Elle est actuellement professeure au département d’études françaises et francophones de l’Université de Californie-Los Angeles (UCLA). Elle a notamment publié La Maison du docteur Blanche : histoire d’un asile et de ses pensionnaires, de Nerval à Maupassant (Lattès, 2001), Passage de l’Odéon : Sylvia Beach, Adrienne Monnier et la vie littéraire à Paris dans l’entre-deux guerres (Fayard, 2003, Folio n° 4226) et La Loi du genre. Une histoire du « troisième sexe » (Fayard, 2006).
Tous les médecins de l'âme se sont posé la question de savoir si les troubles politiques jouaient un rôle dans l'éclosion du délire et dans l'apparition de la folie. C'est dans cette perspective que les fondateurs français de la psychiatrie,Philippe Pinel (1745-1826) et Etienne Esquirol (1772-1840), tous deux héritiers des Lumières, de la Révolution, de l'Empire et de la Restauration, ont abordé cette question à travers leurs écrits et leur pratique clinique.
Laure Murat revisite cette problématique de façon résolument nouvelle dans L'Homme qui se prenait pour Napoléon, un essai fort bien documenté et appuyé sur des archives inédites. L'historienne compare en effet les élaborations théoriques et cliniques des deux aliénistes et de leurs successeurs avec les discours des aliénés, célèbres ou anonymes. D'un côté comme de l'autre, les paroles, les concepts, les diatribes, les engagements s'enchevêtrent. Les savants et les fous sont persuadés, les premiers que les troubles liés aux violences politiques de l'époque se retrouvent dans les délires, et les seconds que ces mêmes troubles sont à l'origine de leur destin glorieux ou malheureux.
Aussi bien Laure Murat retrace-t-elle l'itinéraire du marquis de Sade, haï de tous les régimes et enfermé contre son gré à Charenton, en 1803, pour ses vices et ses écrits alors qu'il n'était pas fou et, a contrario, celui de Théroigne de Méricourt, internée à la Salpêtrière au lendemain de la Terreur, après qu'elle eut sombré dans une mélancolie profonde, consécutive à l'effondrement de son idéal révolutionnaire, qui avait fait d'elle l'une des pionnières du féminisme.
A quoi Laure Murat ajoute l'une des grandes figures paradigmatiques de l'univers asilaire post-impérial, toujours présente dans la conscience collective moderne :"L'homme qui se prend pour Napoléon, monomane coiffé d'un bicorne, la main dans sa redingote grise et le regard braqué sur un horizon de gloire." Et elle cite un rapport d'Alphonse Esquiros rédigé en 1847 : "L'année où l'on ramena à Paris le cercueil de Napoléon, écrit-il, le docteur Voisin constata à Bicêtre l'entrée de treize à quatorze empereurs (...). Cette présence de Napoléon parmi nous, les images, les signes extérieurs dont on entoura sa mémoire et qui semblaient pour ainsi diremultiplier sa figure, tout contribua à créer dans cet événement une cause particulière d'aliénation mentale."
Si chaque maison de fous héberge ses dieux, ses rois, ses reines, ses empereurs, ses ministres et ses courtisans, cela signifie bien que le discours de la folie - celui des fous et celui des savants - va de pair avec une organisation de l'asile et de la clinique qui ne fait que refléter l'ordre social dont il est issu. Pourmontrer que cette concordance existe, Laure Murat reprend à son compte, pour en analyser les effets, la thèse balzacienne selon laquelle, en coupant la tête de Louis XVI, les révolutionnaires auraient mis fin à l'autorité patriarcale et à toute une représentation de la société centrée sur la figure de Dieu le père.
Et d'ailleurs, souligne-t-elle avec subtilité, la naissance de la psychiatrie coïncide avec l'invention de la guillo-tine, dont le spectre demeure présent au coeur de l'oeuvre et de la pratique de Philippe Pinel. Traumatisé par l'exécution du roi, à laquelle il avait assisté le 21 janvier 1793, celui-ci en avait conclu qu'à dater de ce jour la France entière avait "perdu la tête" et que les aliénés étaient les plus touchés. En témoigne cet horloger traité par lui et devenu fou à cause du"mouvement perpétuel" de la guillotine. Il affirmait avoir perdu sa véritable tête au profit d'une autre de substitution qui ne lui convenait pas.
Si les fondateurs de la psychiatrie cherchaient à restaurer la figure de l'autorité patriarcale en inscrivant le fou dans la dépendance du savant, nouveau consolateur des passions d'une époque, leurs successeurs n'eurent de cesse depoursuivre cette entreprise, notamment entre 1840 et 1870.
On sait qu'à partir des années 1860, sous l'influence du darwinisme, le discours psychiatrique épousa de plus en plus les principes répressifs du nouvel ordre bourgeois, au point de définir la notion même de révolution comme un acte de terreur et de folie. Les foules, comme l'indique Laure Murat, furent alors stigmatisées pour leur "hystérie", tandis que se profilait la montée d'un antisémitisme qui allait faire du juif, comme de l'homosexuel, un dégénéré. Quant à l'aliéné, réduit à ses comportements, il fut assimilé à un déviant dangereux et de plus en plus incurable. D'où la transformation de l'asile en une vaste institution d'observation : un lieu de mort et de misère, sans échange thérapeutique, et qui ne sera mis en cause qu'après 1905, avec l'abandon progressif de la doctrine de la dégénérescence et sous l'influence d'un nouveau dynamisme fondé sur l'apport de Freud.
A cet égard, on lira avec intérêt les belles pages que Laure Murat consacre à la Commune et à ses pétroleuses, désignées comme des monomanes syphilitiques :"En cela, les aliénistes confortent l'opinion bourgeoise prompte à assimiler la Commune à un acte de démence." Et elle ajoute, citant Jules Vallès, qu'il faudra bien "un jour renverser les maisons de fous comme celles des rois."
Faire parler le délire
L'ouvrage s'achève sur une visite effectuée par l'auteur à l'hôpital de Charenton, rebaptisé Esquirol en 1973, et devenu de nos jours une sorte de dépôt où sont hébergés en silence des patients hébétés, soumis à des traitements chimiques. Dans une niche, au centre de tous les regards, se dresse une statue d'Esquirol protégeant de son manteau un aliéné étendu à ses pieds : mémorial muet de ce que fut, dit-elle, "la période la plus brillante de la psychiatrie française".
Au terme de ce parcours, on ne peut que se rappeler l'injonction de Bertrand Barère, le 23 messidor an II (11 juillet 1794), annonçant tout à la fois la création de l'asile et l'espoir de sa disparition future. Comme si la Révolution s'était donnée pour tâche de faire parler le délire plutôt que de le taire. Car on sait bien que l'effacement de ses traces menace une société bien plus qu'elle ne la protège. Tel est le message délivré par ce beau livre érudit et original.
LE MONDE DES LIVRES |
Par Elisabeth Roudinesco
venerdì 6 gennaio 2012
"Histoire de la folie" par Catherine Clément @ L'Humanité (13 Janvier 2004)
L'Humanité, 13 Janvier 2004
Libertés. Histoire de la folie. Par Catherine Clément
Alors comme ça, ça recommence. L'occupation de l'espace, les contrôles policiers, les quadrillages, la colonisation. Où cela ? Presque partout sur la carte du monde, sauf dans l'Union européenne, c'est-à-dire en Europe, où est née la psychanalyse. Et en France ? Pas encore, mais cela pourrait bien. C'est même pour cette raison qu'on est ici.
J'ai relu hier au soir l'Histoire de la folie, de Michel Foucault, livre publié en 1961. En un éclair, j'ai retrouvé intacte la lumière frémissante de la soutenance de thèse de Michel Foucault, un an plus tôt, dans une incroyable atmosphère de liberté. Dans cette histoire de l'Europe que dessine l'exclusion des fous au Moyen ¶ge au médecin psychiatre, Foucault racontait lui aussi l'aventure de nos libertés. 1960, c'était aussi l'année des décolonisations en Afrique de l'Ouest, " les soleils des indépendances ", comme disait le génial romancier ivoirien Amadou Kourouma, que je pleure. Deux ans plus tard, c'était au tour de l'Algérie.
Histoire de la folie, histoire de l'Europe, histoire de France, où nous aurons vécu un véritable élargissement de l'esprit, au sens où on élargit un condamné. Ce fut, avec Lacan, le début d'une victoire de la psychanalyse, que Foucault trouvait " désaliénante ", pourvu qu'on se débarrasse de la figure du médecin. Je cite : " Le médecin, en tant que figure aliénante, reste la clef de la psychanalyse. C'est peut-être parce qu'elle n'a pas supprimé cette structure ultime, et qu'elle y a ramené toutes les autres, que la psychanalyse ne peut pas, ne pourra pas entendre la voix de la déraison, ni déchiffrer pour eux-mêmes les signes de l'insensé. " Pour enchaîner la folie, il y avait d'abord eu les prêtres, puis les magistrats, enfin les médecins, mais en ces années-là, celle de l'antipsychiatrie, l'histoire de la folie cheminait vers une libération. C'était possible ; et ce fut mieux. Mieux pour les homosexuels, pour les femmes, mieux pour les corps, les enfants, leur naissance, mieux enfin, pour cette figure du désir que Foucault appelle souvent l'Étranger.
Parlons de ça, justement, de l'Étranger. " Compagnons pathétiques qui murmurez à peine, allez la lampe éteinte et rendez les bijoux. Un mystère nouveau chante dans vos os. Développez votre étrangeté légitime ", tel est le fragment poétique qui introduit le livre de Foucault. Étrangeté légitime : oui, il faut en reparler.
Foucault appelle " le grand renfermement " la création de l'hôpital général à Paris en 1656 (6 000 personnes, soit 1 % de la population parisienne, quelques années plus tard). On y enferme en vrac les mendiants et les oisifs, premiers visés, avec les luxurieux, les libertins, les voleurs, les athées, les putes, les compagnons, les vagabonds. Et les fous ? Comme de bien entendu. Et Foucault observe, bon prophète, que ce geste de répression du pouvoir monarchique a été précédé d'une mortelle épidémie de maladie vénérienne, la syphilis, qui sera vaincue par les antibiotiques juste avant la Seconde Guerre mondiale. Maladie vénérienne suivie d'une Grand Renfermement, nous y sommes : à peine cinquante ans de liberté sexuelle, et le sida commence à la fin des années soixante-dix. Passée la compassion, et puisque le sida tue surtout dans les pays pauvres, voici le Grand Renfermement.
Il menace depuis longtemps déjà, des deux côtés du monde : il est au cour de l'intégrisme chrétien de George Bush Junior, il est au cour de l'intégrisme islamique d'Oussama Ben Laden. Leurs ennemis sont les mêmes : les homosexuels, les femmes, les libertés des corps, et l'Étranger. Les homosexuels sont sacrilèges, les femmes qui avortent, impures, celles qui sont infidèles, bonnes à lapider, les corps étaient trop libres, il faudra les tenir, et quant à l'Étranger, il incarne la menace. Bon à enchaîner comme à Guantanamo, ou simplement à tuer et ce, partout au monde. Personne ne circule plus, plus rien ne bouge, la mort.
Et chez nous, ça nous envahit mine de rien par la droite, avec l'assentiment d'une député de gauche, qui n'a rien compris, en l'absence des autres. Bravo ! Que veut-on quadriller ? Notre espace intérieur. Que veut-on contrôler ? L'espace de liberté qui s'exprime dans la cure de psychanalyse. Le secret qui s'y noue, la parole qui délivre. C'est indéfinissable ? Justement. Il n'y a pas de garantie ? C'est certain. Vous ne pouvez pas nous garantir l'excellence de vos thérapeutes ? Mais alors, vous n'obéissez plus au principe de précaution ? Bien sûr que non !
C'est par là, par le principe de précaution, que s'est introduite la fouine totalitaire. Rien n'est plus contraire à la vie que le principe de précaution : le suivre, c'est vivre en chambre stérile, et stérile est un mot mortel. Ce Grand Renfermement qu'on nous prépare est une chambre stérile au visage judiciaire, une invasion mentale en provenance d'une civilisation d'avocats et de juges, qui n'est pas celle de la vieille Europe. Et pourtant, ça menace ! Doigt pointé. Tout comme le quadrillage des psys, la délation est à l'ordre du jour : pédophiles, maltraitants, prière de les dénoncer, ça fait froid dans le dos. J'ai peur de cette phobie du risque ; cela me rappelle l'occupation nazie, quand les juifs étaient des menaces sanitaires, parce qu'ils étaient sales - ça, je l'ai entendu. Oui, la vie est risquée, oui, il y a des germes dans l'air que l'on respire, il y en a dans nos ventres et ça vaut mieux pour eux, oui, on mourra un jour, on n'est pas immortel. En Europe, on sait cela.
Il y a, dans les Paravents, de Jean Genet, une scène récurrente. Quelqu'un meurt, traverse un paravent de papier, le crève, et se retrouve avec les morts. C'est ça ? dit le mort qui arrive - Eh oui ! - répondent les morts déjà morts - Et on fait tant d'histoires ? demande le nouveau mort. - Eh oui... disent les autres. Peut-être serait-il temps d'avertir nos censeurs : oui, le risque fait partie de la vie, et la vie s'achève avec la mort. Éliminer le risque, vouloir la pureté, la propreté, le sain ? En Europe, nous savons où cela nous conduit.
La folie selon Foucault
En 1961, l'année où j'écoutais délirer les patients à Sainte-Anne, Michel Foucault soutint à la Sorbonne sa thèse de doctorat qui devait devenir un ouvrage admirable, «Histoire de la folie à l'âge classique». L'amphi de physique était bondé, l'événement était considérable et j'eus la sensation d'assister à un bouleversement de la pensée. De sa voix un peu mate tranchante comme une lame, Foucault décrivait comment l'internement fut introduit en France sous Louis XIV Dans l'espace prisonnier de l'Hôpital général, la police internait les mendiants, les errants, les rebelles, les libertins; fers aux pieds, enchaînement. Et quand la Révolution française eut déchaîné solennellement les fous, la psychiatrie les enchaîna autrement, relayée, disait Michel Foucault, par la psychanalyse.
Si je m'étais précipitée dans l'amphi de Physique pour écouter Michel Foucault, c'était à cause du cirque de Sainte-Anne et de cette vieillerie d'avant-guerre, trop semblable aux folies criminelles dont nous avions été témoins pendant la guerre. Je n'étais pas la seule. Pendant quelque dix ans, peut-être davantage, tous les agrégatifs de philosophie connurent les jeux du cirque. Et tous en furent frappés. Je ne vois pas d'autre raison au succès immédiat du courant antipsychiatrique, qui, venu d'Angleterre, déferla sur la pensée française des années soixante-dix.
domenica 1 gennaio 2012
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